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13/05/2015

Le Parrain des lauréats de la Promotion 2014

Entreprendre en Limousin

SILAB (Société Industrielle Limousine d'Application Biologique) est une entreprise de biotechnologie que j'ai créée il y a 30 ans. Elle est considérée aujourd'hui comme un modèle, comme l'attestent les nombreux prix et récompenses qu'elle obtient régulièrement. (C'est pourquoi je suis ici ce soir pour vous raconter brièvement son histoire, forcément très liée à la mienne).
Je suis né il y a quatre vingt quatre ans en Limousin précisément dans le canton d'Eymoutiers, au lieu dit le Chatenet sur la commune de Nedde située en Haute Vienne mais contigüe à la fois à la Creuse (Faux la Montagne, Felletin, Royère…) et à la Corrèze (La Celle, Bugeat, Treignac, Chamberet…). On ne peut pas être plus central…
C'est à la limite du plateau de Millevaches, proche du lac de Vassivière, une région que l'on appelle souvent « la montagne Limousine ». Elle était autrefois couverte de landes de bruyères, de genets et d'ajoncs sur les pentes et les sommets, de prairies humides et de tourbières dans les fonds, avec d'innombrables sources.
Aujourd'hui la foret de conifères (Douglas et épicéas) a remplacé les landes en même temps que les populations rurales se déplaçaient vers les grandes villes. Les paysages ont beaucoup évolué depuis mon enfance avant la guerre 39-45. Les villages ont été désertés, les maisons de granit abandonnées, reprises parfois par des étrangers… Il reste une population de forestiers et d'éleveurs principalement, dans ces endroits rudes et un peu sauvages.
Ma famille y est bien ancrée depuis de nombreuses générations, depuis qu'un très ancien aïeul, le premier PAUFIQUE, est venu au Chatenet vers 1830 épouser l'héritière du domaine avec comme profession « rentier… ». En fait j'ai compris qu'il stockait les céréales pour les revendre lorsque les cours montaient suite aux mauvaises récoltes … une sorte de « trader » de l'époque.
Mais pour ma génération, le personnage de référence dans la famille reste mon grand père. Né en 1870, il avait fait des études littéraires, c'était un fin lettré et il était considéré comme une sorte de notable très proche de la population locale.
Son métier était expert agricole et à ce titre il gérait de nombreuses propriétés dont celles de familles d'industriels lyonnais. Il gérait également ses propres propriétés exploitées par des métayers.
En 1941 à son décès mon père pris sa succession en exploitation directe et progressivement planta en résineux la plus grande partie des landes et des terres très pauvres du domaine. Aujourd'hui les meilleures parcelles sont louées à des éleveurs.
C'est dans ce contexte très rural que tout naturellement, après de bonnes études secondaires à Guéret puis à Limoges au lycée Gay Lussac, puis en préparation aux grandes écoles au lycée St Louis à Paris j'entrais à l'ENSA de Rennes en 1950 dont je sortais en 1953 avec mon diplôme d'Ingénieur Agronome.
En 1955 après mon service militaire je créais un premier laboratoire à Rennes au service des agriculteurs bretons.
Ensuite en 1958 je rentrais en Limousin à la demande de mon père et après un court séjour d'un an à la chambre d'agriculture de la Haute Vienne, j'entrais au sein d'une conserverie d'Objat afin de développer un nouveau produit qui intéressait le chef d'entreprise Monsieur Pierre Coudert. Ce produit qu'il avait vu aux États Unis était « les petits pots pour bébés ». Ainsi débuta ma première carrière dans la nutrition infantile et l'industrie Agro Alimentaire.
Celle-ci se déroula ensuite à Brive avec la création de l'usine de petits pots dans le cadre du groupe Danone (ex Diepal) et du centre de recherche CREALIS qui servit de centre de référence pour le groupe jusqu'à mon départ en 1983.
C'est alors que les instances régionales Limousines m'ont convaincu par l'intermédiaire du préfet de région de l'époque de l'intérêt d'une passerelle entre la jeune université de Limoges et le centre de recherche CREALIS pour traiter d'un projet régional. Le thème choisi : la valorisation du sang des abattoirs ». 17 abattoirs, beaucoup de sang perdu et qui pollue…
Rapidement avec une équipe de la faculté des sciences conduite par le professeur Julien nous avons mis au point un médicament vétérinaire « génial » anti diarrhéique pour les veaux. J'ai pris en main le projet, créé la société SILAB, obtenu l'AMM et signé un contrat avec un grand distributeur.
Pas de chance ! Au bout de 6 mois c'est un échec commercial.
Mais il faut continuer, l'entreprise est créée, un investissement de plusieurs milliers de francs est réalisé avec un emprunt important, alors on sort tout de suite le plan B (qui était préparé).
Ce sera le marché de l'industrie cosmétique qui utilise à cette époque des dérivés du sang animal. Passage réussi ! SILAB se développe, le chiffre d'affaires augmente régulièrement jusqu'en 1991 ou apparait un nouvel obstacle, la maladie de la vache folle.
La aussi le plan B prévu fonctionne parfaitement et nous mettons sur le marché une gamme de produits d'origine végétale et d'activité comparable aux produits animaux.
SILAB est repartie de plus belle avec un avantage sur ses concurrents.
Depuis l'entreprise a toujours poursuivi régulièrement sa croissance. Une seule année a présenté une légère baisse d'activité, l'année 2009 qui correspond à l'année la plus noire de la crise financière.
Aujourd'hui SILAB est une entreprise mature qui poursuit son développement sur le modèle « développement durable » avec une stratégie offensive à base d'innovations et de prises de parts de marché à l'export (60% pour 40% en France).
Nous avons fait le choix du développement interne basé sur la R&D (80 personnes en recherche, 20% du CA, autofinancement).
Sur nos valeurs que dire de plus. Elles sont ancrées dans nos gènes : l'indépendance, l'excellence, la qualité et les qualités humaines. Notre entourage, nos clients les reconnaissent, chaque Silabien les a adoptées.
Aux créateurs et futurs créateurs d'entreprise je me permets de faire quelques recommandations basées sur ma longue expérience.
Premièrement poser vous la question : quel est mon métier, que sais-je faire (mieux que les autres en moyenne) ?
Ensuite méfiez-vous de l'idée « géniale », elle peut devenir très toxique pour l'avenir de votre projet. Ayez toujours un plan B moins génial mais faisable.

Enfin ne rêvez pas vous n'allez pas faire fortune tout de suite, pendant des années (2, 3, 4) vous aurez à subir des remarques de votre banquier.
Pour terminer je reviens au point de départ de mon histoire. Pourquoi entreprendre en Limousin ? A cette question maintes fois posée par des étrangers à la région je réponds toujours : et pourquoi pas ?
J'insiste ensuite sur les avantages. Une belle région où la vie est douce, où la nature s'exprime dans toute sa plénitude, un pays chargé d'histoire et de cultures partagées avec ses voisins : Poitou-Charentes, Aquitaine, Midi Pyrénées, Auvergne, avec à portée, plusieurs universités : Limoges, Poitiers, Bordeaux, Toulouse, Clermont Ferrand, et Paris (pas très loin).
Pour la caractériser, les mots qui me viennent à spontanément à l'esprit sont : Diversité et authenticité, de bonnes raisons d'entreprendre en Limousin !